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Hall of Fame Interview consentie 

Un fabricant de protège-dent en pleine détresse

Malgré l’essor de son activité, Bill Cowens, fournisseur officiel de la ligue depuis 1982, est « malade » de voir dans quel état finissent ses produits.

NBA sur écoute : Comment a évolué votre métier à travers les années ?

Bill Cowens : Quand la NBA m’a proposé ce partenariat, j’ai dit pourquoi pas. À l’époque, j’étais déjà fournisseur pour quelques équipes de NHL. Un gros marché pour moi !

En NBA, dans les années 80’s et 90’s, pour être tout à fait franc : je n’avais pas énormément de clients. Hormis des types comme Alonzo Mourning par exemple qui aimait bien cogner de temps en temps… Pour eux, le protège-dent était devenu un « must-have ».

Aujourd’hui, le marché s’est énormément développé…

On peut même dire que mon activité a explosé ! Je ne l’ai pas vu venir. Je crois que le taux d’équipement parmi les joueurs de la ligue avoisine les 85%. Et l’usage, surtout, a évolué. Le produit est devenu un accessoire de mode pour les joueurs, à l’instar des bandeaux ou des tatouages. LeBron James par exemple me demande des choses de plus en plus compliquées…

Que voulez-vous dire par là ?

Graver un nombre en lettres romaines sur le moulage, du grand n’importe quoi ! C’était hideux. À chaque fois qu’il souriait, on aurait dit un SDF aux dents dégeux. Un presque « sans-dent » !

M’enfin vous savez, je ne suis que l’exécutant, je respecte et ne commente pas les commandes. Hormis quelques exceptions.

L’année dernière, Lance Stephenson m’a demandé un protège-dent spécial Halloween. Ou encore Kobe, qui m’avait demandé un protège… à base de mue de mamba. De la mue de mamba !!! Vous êtes sérieux ? Dans ces cas-là je dis stop, y a des limites. Pas question de dénaturer le produit.

Un produit « noble » selon vous ?

Absolument. Vous savez, avant chaque moulage, j’ai une pensée pour les faiseurs de sabre. J’ai parfois le sentiment d’être le Hattori Hanzo (NDLR : personnage de la saga tarantinesque Kill Bill) du protège-dent.

Je me dis que ces petites choses vont assurer la protection dentaire du joueur. Vous savez, c’est important la dentition pour être un bon joueur de basket. Malheureusement, aujourd’hui, à cause d’un type comme Stephen Curry, mon travail est tout à fait dénigré.

Vous faites références à ses mâchouillages incessants ?

L’autre soir face aux Nets, on a compté le nombre de fois où il le sort de sa bouche pour le mâchouiller : 89 ! Vous vous rendez compte ? Des types comme Jordan se contentaient de tirer la langue, et c’est tout. Là, c’est la naissance d’un nouveau tic, le summum de l’inélégance. C’est insupportable pour moi. Alors d’accord, c’est un beau placement de produit, mais vous croyez que ça m’amuse de voir le gamin faire ça ? De détruire à petit feu ce que j’ai façonné ? Steph’ Curry, c’est un protège-dent par semaine. Je ne vous dis pas dans quel état je récupère les moulages utilisés…

Le problème est que j’ai le sentiment que ce tic touche de plus en plus de joueurs, et c’est terrible. Ça rentre, ça sort, ça rentre… Et puis, paf : accident ! Regardez Channing Frye l’autre soir, qui perd sa protection sur la ligne de lancer-franc. Ce genre de choses est intolérable.

Le plus fou dans cette histoire, c’est que j’ai lu que Stephen Curry serait meilleur aux lancers-francs avec le protège dent à l’air (lire ci-dessous) ! Le sortir de la bouche, c’est une chose. Mais le mordiller à tout va, c’est encore autre chose. Un peu de respect pour mon travail bordel !

Un lien lancer-franc / protège-dent ?
Selon une étude très sérieuse menée par le Wall Street Journal, et reprise par Yahoo Sports, le MVP en titre serait plus performant aux lancers-francs avec le protège-dent sorti de sa bouche : 92,5% de réussite, contre… 89,5% lorsqu’il est rangé. Alors qu’attendez vous messieurs Howard, Drummond et Jordan ?

Quelque chose à redire ?

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